Problème de société, d'environnement, d'avenir donc problème radical et écologique:
l'Education des jeunes français
Une démarche neuve: des faits vérifiés pour éclairer un débat obscurci par les polémiques.
Une accroche aguicheuse: "petit dictionnaire énervé des profs et de l’école" ( 244 pages- Sortie le 4 février 2010 )
Un style à fleur de peau: pas un coup de gueule de plus mais plutôt une invitation à réfléchir et à débattre
Un nouvel éditeur: les Editions de l'Opportun, 12 rue Dupetit Thouars -75003 Paris- Mail: Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. .
Ecologie Radicale vous offre quelques pages de ce premier "petit dictionnaire énervé" pour vous mettre en appétit
Introduction par Olivier Rollot
Pendant quinze ans j’ai assisté, mi attristé mi énervé, au formidable gâchis d’énergie qu’offre le système éducatif français. Imaginez un univers peuplé de personnes de bonne volonté, imprégnées des principes les plus nobles, attachées à la réussite et à l’épanouissement de l’individu et où finalement l’échec fait loi : bienvenue à l’Éducation nationale !
J’ai donc décidé de prendre la plume pour faire le point sur une institution au bord de l’explosion, incapable de se réinventer. Toutes les vérités sont bonnes à dire, surtout quand il s’agit de la réussite et du bien-être de nos enfants !
DES ÉLÈVES EN MAL-ÊTRE Tous les trois ans, l’OCDE interroge les élèves sur leurs motivations ou leur bien-être. À la question « Êtes-vous d’accord pour dire que l’école est un endroit où je me sens chez moi ?», seuls 45 % des jeunes Français de 15 ans répondent « oui ».
Très loin de la moyenne internationale qui s’établit à... 81 % ! Mais pourquoi les élèves français ne se sentent-ils pas bien à l’école ? Sans doute parce qu’ils sont stressés. Stressés car notés. Tout le temps. Comme si la France était soumise à une « obsession évaluative » dont les effets seraient de séparer constamment élèves et profs au lieu de les rendre complémentaires dans un projet de réussite. Ce « mal-être », l’institution semble persister à l’ignorer.
À rejeter l’idée qu’on ne travaille bien que dans la confiance.À croire bien naïvement qu’il suffit que les élèves travaillent et que les profs enseignent pour que tout se passe pour le mieux dans la meilleure des écoles possibles. Comme si dès le CP, il n’y avait qu’un seul objectif : détruire moralement le maximum d’élèves pour qu’éclose cette fameuse élite républicaine dont nous sommes si fiers.
Sur le carreau, tous les autres. Désespérés, laminés, ceux qui se retrouvent en filière pro uniquement parce qu’on ne veut pas d’eux ailleurs. Paumés aussi, ceux qui se retrouvent à l’université faute de pouvoir intégrer une filière sélective et qui ont une chance sur deux d’y échouer. Vous avez dit orientation ?
DES RÉSULTATS TOUT JUSTE MOYENS Si au moins l’école à la française obtenait de bons résultats. Mais les jeunes Français ne sont que 19e en sciences et 33e en compréhension de l’écrit ; en mathématiques, ils se retrouvent loin derrière les pays leaders tels que la Finlande, le Canada ou la Corée du Sud. Au moins 15 % des élèves sont en « grande difficulté scolaire » à la fin du primaire. Et 150 000 jeunes quittent chaque année le système éducatif sans qualification. Vous avez dit chômage ?
DE NOUVELLES MISSIONS POUR LES PROFS Une nouvelle génération d’élèves grandit sous les yeux interloqués de leurs parents et de leurs profs. Nés avec l’Internet, ils vivent déjà dans un nouveau monde qui ressemble aussi peu à celui dans lequel nous sommes nés qu’à celui de nos arrière-grands-parents avant l’invention de l’électricité.
Pourquoi apprendre par coeur quand tout est disponible sur la toile ? Pourquoi se casser la tête à avoir une orthographe parfaite quand les correcteurs des PC se chargent de traquer les fautes ? Pourquoi travailler sur du papier quand le virtuel est partout ?
Qu’on le veuille ou non, les élèves sont des consommateurs d’école. Et des consommateurs avertis qu’il faut écouter sous peine de voir le divorce entre eux et les profs s’accentuer chaque jour un peu plus. Il faut passer d’une logique d’enseignement à une logique d’apprentissage. Plutôt que de distiller un savoir pré mâché, les profs doivent devenir des médiateurs capables de donner aux élèves les compétences nécessaires pour faire le tri et organiser la multitude d’informations accessibles sur le web. Si tout le monde comprend ce que sont les connaissances, la notion de « compétences » reste plus obscure. Désolé pour les tenants de l’école à l’ancienne, mais ce n’est plus l’orthographe l’essentiel… Imprégnés d’Internet, voyageurs, polyglottes, les jeunes profs arrivent aujourd’hui dans les classes, fermement résolus à en finir avec les pratiques dépassées. Ce sont eux qui pourront sauver l’école ; à nous tous de les y aider : il y a urgence !
A COMME ABSENTÉISME Une année, une année entière de cours, c’est ce qu’a perdu en moyenne un élève à la fin de sa scolarité selon l’Inspection générale de l’Éducation nationale ! D’ailleurs, les absences de profs sont un sujet tabou par excellence, au point qu’aucune statistique n’est disponible pour les profs des collèges et lycées.
Si le primaire est moins opaque, ses chiffres méritent une analyse poussée. Dans le primaire En juin 2009, une enquête confidentielle indiquait que 45 % des enseignants avaient été absents pour maladie au moins une fois en 2007-2008, soit plus du double des salariés du secteur privé (22 %). La durée moyenne d’absence serait de 11 jours (9 dans le privé). Des chiffres à pondérer car les congés maternité en représentent la moitié : logique, quand on sait que 85 % des professeurs des écoles sont des femmes. Le plus énervant pour les parents est de constater que le remplacement des enseignantes en congé maternité se gère parfois à la dernière minute !
Si ces absences sont mal vécues par les parents, c’est aussi parce que sur dix jours d’absence d’un professeur des écoles, seuls six jours sont effectivement remplacés. Et pourtant des « brigades » de remplaçants sont organisées dans le primaire où on ne peut décemment pas laisser trop longtemps une classe sans prof.
Dans le secondaire On ne sait combien de professeurs sont absents, mais on sait combien d’heures sont perdues du fait de ces absences. Cependant, on constate que, aujourd’hui, une gestion plus rationnelle des remplacements a permis d’améliorer la situation. Avec 2,9 % d’heures remplacées, tous établissements confondus, l’année scolaire 2006-2007 serait même la meilleure depuis plus de dix ans. Le projet d’agence de remplacement des professeurs lancé par Xavier Darcos semble, lui, avoir été enterré. Une gestion nationale des absences aurait été de toute façon bien trop compliquée à mettre en oeuvre.
De nombreuses heures perdues le sont aussi du fait même de l’administration : en 2006-2007, elles représentaient 5 % des heures de cours dans les collèges, 6,5 % dans les lycées professionnels et 9,1 % dans les lycées d’enseignement général et technologique. Pour ces derniers, les dates du bac ont été repoussées afin de perdre moins de jours de classe. Les élèves perdaient en effet en moyenne 2,4 semaines de cours – parfois un mois ! – contre une demi-semaine dans les collèges. Les parents peuvent signaler les non-remplacements de profs sur le site ouyapascours(1) créé par l’association de parents FCPE. 1/ www.fcpe.asso.fr/ouyapacours
ALLÈGRE CLAUDE (Né en 1927). Il voulait « dégraisser le mammouth », ce fameux ministère de l’Éducation nationale qui lui donnait tant de fil à retordre et que Lionel Jospin, alors Premier ministre, avait eu l’imprudence de lui confier. Finalement, c’est lui qui a dû s’écraser…
S’il est une personnalité du monde de l’Éducation « énervante », c’est bien celle de Claude Allègre. Ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie de 1997 à 2000, ce docteur ès sciences physiques lance des chantiers qui ont marqué le système (le LMD c’est lui ; le plan Universités 2000, c’est lui aussi), mais il entre en même temps en guerre contre le principal syndicat de professeurs, le SNES-FSU.
Résultat :pour ramener les professeurs dans le bercail du PS alors que les échéances électorales approchent, il finit par être débarqué et remplacé par le consensuel Jack Lang. Depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir, on parle régulièrement de lui pour un ministère mais, là encore, il échoue au pied du podium ; jusqu’à présent, il a dû se contenter d’une mission de préparation des Assises européennes de l’innovation en 2008.
BACCALAURÉAT. Créé sous Napoléon Ier en 1808, le baccalauréat est passé peu à peu du statut de Graal inaccessible (1 % d’une classe d’âge l’obtient en 1880, 66,4 % aujourd’hui) à celui de sésame obligatoire mais que pratiquement tous les candidats obtiennent.
Un peu comme si tous les candidats au permis de conduire revenaient systématiquement de l’examen avec le papier rose en poche. En proposant son programme « bachelier ou remboursé » à la rentrée 2009, l’organisme de soutien scolaire Acadomia ne prenait pas beaucoup de risques ! Le bac est-il alors dévalorisé ?
Oui, et non parce qu’il reste dans l’imaginaire collectif paré d’une aura particulière. Après tout, depuis la disparition du service militaire, n’est-il pas le dernier passage vers l’âge adulte ?
Un peu d’histoire
Les premiers bacheliers de 1808 sont seulement 31 ; ils ne passent que des épreuves orales.
Ce n’est qu’en 1861 que la première femme obtient le bac et il faut attendre 1924 pour que les programmes des garçons et des filles deviennent identiques.
Premier grade universitaire, le bac va peu à peu s’ouvrir après 1930 – le lycée public devient alors gratuit – et surtout après la création du collège unique en 1960 .
Malgré tout, l’obtention du bac reste encore relativement élitiste avec 50 000 candidats dans les années 1960 et 200 000 dans les années 1970, au moment de la création des bacs technologiques. On était ainsi passé de 10 % à 20 % d’une classe d’âge avant un stop brutal.
L’arrivée des socialistes au pouvoir, en 1981, marque une nouvelle et spectaculaire progression du nombre de bacheliers qui passent de 300 000 en 1988 à plus de 600 000 aujourd’hui.
En effet, en 1985, le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Jean-Pierre Chevènement, proclame sa volonté d’amener au niveau du bac 80 % d’une classe d’âge et crée le bac professionnel. Plus de vingt ans après, force est de constater que l’objectif n’est pas atteint : le chiffre stagne depuis 1995 aux alentours de 65 %.
Toujours plus ! Chaque année, le taux de réussite au bac progresse pour atteindre le chiffre record de 86 % à la session 2009 (contre 83,7 % en 2008), notamment grâce à l’introduction d’une session de rattrapage au bac professionnel.
Réjouissons-nous-en pour les 622 322 candidats de 2009, mais restons lucides : un bac qu’on est quasi sûr d’obtenir – au pire, on redouble pour l’avoir l’année suivante – a nécessairement une valeur toute relative. D’ailleurs, les filières les plus sélectives (classes prépa, BTS, DUT) recrutent leurs élèves avant même les résultats du bac, en se fiant à leurs notes de Première et de Terminale. Le bac n’est finalement là que pour corroborer les appréciations des établissements.
Ce sont les candidats des séries générales (L, ES, S) qui réussissent le mieux (88,8 %) – les S montant même à 89,6 % –, devant les bacheliers professionnels avec 87,1 % et les bacheliers technologiques (STI, STL, ST2S, STG) qui ferment la marche avec – seulement – 79,7 %.
Notez… cool
Petit problème que pose chaque ministre de l’Éducation nationale à ses services : comment s’arranger pour que chaque année, le taux de réussite au bac augmente alors que le niveau des élèves stagne ? Tout simplement en rendant les épreuves de plus en plus faciles, en demandant à demi-mot aux professeurs d’être indulgents dans leurs notations ou en multipliant les épreuves facultatives qui font gagner des points. Question : que gagnera le premier ministre de l’Éducation nationale qui parviendra aux 100 % ?
Il y a vingt ans, avoir une mention très bien au bac était un signe d’excellence. On entrait même directement à Sciences po de Paris sans passer le concours. Mais ces dix dernières années, le pourcentage d’élèves obtenant une mention très bien a explosé:il est passé de 1,4 à 6 %. Sciences Po a dû alors renoncer à ce mode de sélection…qui n’était plus si sélectif.
En tout, près de 50 % des élèves obtiennent une mention. Pas étonnant donc que les établissements ne mettent plus en avant le pourcentage de réussite au bac comme objectif à atteindre – trop facile quand ils sont de plus en plus nombreux à parvenir à 100 % ! – mais le pourcentage de mentions.
Supprimer le bac ?
Le débat sur la suppression du bac, et son remplacement par le contrôle continu, revient régulièrement sur le devant de l’actualité.
Pour les partisans de la suppression, il coûte trop cher et ne mesure au final plus grand-chose. Pourquoi alors ne pas faire confiance aux professeurs qui le donneraient aux élèves en fonction de leurs notes de l’année et ne maintenir qu’un bac « light »? On pourrait même établir une sorte de « bac allégé » pour valider certaines connaissances tout au long de l’année et éviter des abus. Le bac pourrait être gardé pour les lycées hors contrat afin d’éviter qu’ils ne le bradent.
Au contraire, les tenants du maintien insistent sur son caractère égalitaire – le même bac dans les lycées de ZEP que dans les lycées plus prestigieux – et objectif car indépendant de la notation inévitablement subjective d’un prof. Quant aux profs, redoutant entre autres les pressions qu’ils ne manqueraient pas de subir, ils ne montrent guère d’enthousiasme à l’idée d’assumer seuls la charge de l’attribution du précieux sésame. Les élèves, eux-mêmes, semblent attachés à la pérennité du « bachot » : bref, le statu quo risque donc de l’emporter.
N’oublions pas que la perspective de l’assouplissement du bac, évoquée en 2004 par François Fillon lorsqu’il était ministre de l’Éducation nationale, avait provoqué une véritable levée de boucliers. Le bac en chiffres 622 322 candidats se sont présentés au bac en 2009 dans 4 428 centres d’examen.
Face à eux 5 000 sujets et 150 000 profs qui ont corrigé quelque quatre millions de copies. Après avoir considérablement augmenté jusqu’en 1995, le nombre de bacheliers a stagné pendant dix ans avant de remonter ces dernières années parallèlement à l’accroissement du taux de réussite.
Un peu plus de la moitié des bacheliers (51 %) obtiennent un bac général, 28 % un bac technologique et les autres un bac professionnel.
À lire « Le bac a 200 ans » par la Direction de l’évaluation, de la perspective et de la performance du Ministère de l’Éducation nationale ,téléchargeable sur http://media.éducation.gouv.fr/file/200_ans_du_bac/42/3/200_
Mis à jour (Mardi, 23 Février 2010 03:50)


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