Révision 2010 du rapport "Rising Above The Gathering Storm" : risque d'ouragan pour la prospérité américaine !
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/64883.htm
Au 20ème siècle,la distance est devenue "relative", au 21ème siècle, "la distance est morte" (Frances Cairncross). "La mondialisation a fait de Beijing, Bangalore et Bethesda des voisins de pallier" (Thomas Friedman).
Les innovations qui ont permis la prospérité des Etats-Unis -informatique, numérique, aéronautique, etc. - sont aujourd'hui responsables de son déclin potentiel. En effet, la compétition n'est plus uniquement jouée à domicile, elle est à présent engagée sur le terrain mondial, face à 3 milliards d'individus.
D'où l'inquiétude du Congrès américain, il y a sept ans de cela, qui a lancé une requête spéciale aux Académies Nationales :
"Quelles sont les dix actions prioritaires que les décideurs politiques fédéraux pourraient mener pour renforcer les capacités en science et technologie américaines, et permettre aux Etats-Unis de faire face à la concurrence, de prospérer et de sécuriser sa place au sein de la communauté internationale du 21ème siècle ? Quelle stratégie pourrait être utilisée pour mettre en oeuvre chacune des ces actions ?"
Le rapport "Rising Above the Gathering Storm" (RAGS) (ndlr: s'élever au dessus de la tempête qui se prépare)- publié en 2005 par les Académies Nationales a tenté de répondre à cette requête bipartisane du Congrès américain. Les Académies ont émis 4 grandes recommandations assorties de 20 moyens d'action.
Cinq ans plus tard, l'équipe de choc s'est à nouveau réunie sous la houlette de son capitaine [1], ex-PDG de Lockheed Martin Corporation et détenteur de la Médaille Nationale de Technologie : Norman R. Augustine.
Cette révision quinquennale porte le sous-titre métaphorique "Rapidly Approaching Category 5" (Approchant Rapidement la Catégorie 5), c'est-à-dire le degré le plus élevé du risque d'ouragan sur l'échelle de Saffir-Simpson.
Ce rapport 2010 vise à évaluer, d'une part, la position compétitive des Etats-Unis cinq ans après le premier "RAGS", d'autre part, le degré de mise en oeuvre des recommandations émises il y a cinq ans. Au-delà de la modification de l'environnement général, marquée par la crise économique, la position compétitive [2] des Etats-Unis est analysée au regard de trois facteurs : le dynamisme de la recherche fondamentale, le capital humain et la qualité de l'écosystème américain de l'innovation.
Les changements survenus au cours de ces cinq dernières années : une situation aggravée par la crise économique
Selon les auteurs du rapport, le tableau s'est encore assombri au cours de ces cinq dernières années. La crise née en Amérique a laissé dans son sillage 8,4 millions d'emplois perdus.
La part américaine du marché des exportations de biens à forte intensité technologique a chuté de 21% à 14%, tandis que celle de la Chine passait de 7% à 20%.
Le marché boursier américain a décliné de 57%. La dette nationale a augmenté significativement, passant de 8.000 à 13.000 milliards de dollars.
La pression sur le marché de l'emploi est aujourd'hui estimée à 17 millions d'individus : 10 millions de chômeurs et 7 millions de sous-employés.
Le conflit public-privé s'est accentué avec les salaires des emplois fédéraux supérieurs de 55% en moyenne à ceux du privé, à positions égales.
En Californie, le soutien à l'enseignement supérieur a décliné de 14% malgré une augmentation de 32% des frais d'inscription. Simultanément, les fonds d'investissement des institutions d'enseignement supérieur publiques et privées enregistraient des pertes moyennes de 18,7%. Malgré ses talents de "serial kidnapper" de cerveaux, l'attractivité des universités américaines faiblit en termes relatifs.
Recherche fondamentale
Selon les auteurs du rapport, l'innovation découle de l'utilisation de nouvelles idées [3] développées grâce au financement de la recherche fondamentale. Or, ils soulignent que la logique des marchés financiers est contraire aux investissements en recherche de base, considérée comme peu rentable. Par conséquent, la tendance à la baisse de ces financements privés rendent nécessaire une compensation gouvernementale. Mais on constate que le financement de la recherche par le gouvernement fédéral en pourcentage du PIB a décliné au cours des 40 dernières années.
Capital humain
Pour être compétitif dans un marché global dominé par la technologie, il faut une population hautement qualifiée, avec des connaissances poussées en mathématiques et en S&T. La guerre des nombres est déjà perdue, la Chine et l'Inde affichant chacune quatre fois plus de scientifiques et d'ingénieurs que les Etats-Unis.
La tendance elle-même est aussi en défaveur des Etats-Unis puisque le rapport souligne la permanence d'une sous-représentation des filières scientifiques au niveau "undergraduate" (16% des étudiants inscrits contre 47% en Chine, 38% en Inde et 27% en France).
Enfin, il est rappelé que "les Etats-Unis ont immensément bénéficié et sont hautement dépendants des individus nés à l'étranger, doués en science et technologie, qui ont choisi de vivre en Amérique".
35% des docteurs en S&T de moins de 45 ans travaillant aux Etats-Unis sont étrangers. La moitié des "start-up" de la Silicon Valley ont été fondées par des immigrants. Or, avec l'élévation du niveau de vie de leurs pays d'origine, seulement 6% des étudiants indiens et chinois ont l'intention de s'installer de manière permanente aux Etats-Unis (d'après la Kauffman Foundation).
Ecosystème de l'innovation
Les auteurs du rapport insistent sur plusieurs faiblesses du marché américain en matière de compétitivité et d'innovation, notamment : le désavantage compétitif du coût du travail, la sur-affectation de dépenses juridiques, "l'impôt sur les bénéfices, le deuxième plus élevé du monde", l'évasion croissante du capital en faveur des pays émergents, la répercussion des cotisations sociales des salariés sur le prix du produit final, la limitation du nombre de visas H1-B, l'insuffisante couverture des besoins de télécommunications, la relative saturation du marché intérieur américain.
Bilan à cinq ans des recommandations - Conclusion générale du rapport RAGS révisé
"A l'unanimité, les membres de ce rapport concluent que les perspectives de notre Nation ont empiré.
Pire, même si on relève certains progrès, tels que le lancement de l'ARPA-E, la marge de manoeuvre disponible pour résoudre les problèmes auxquels l'Amérique est confrontée a été sévèrement réduite par la croissance de la dette nationale ayant enflé de 8.000 milliards à 13.000 milliards de dollars au cours de ces cinq dernières années.
Les recommandations faites il y a cinq ans sont toujours d'actualité.
La conclusion générale de cette commission est, qu'en dépit des efforts du gouvernement et du secteur privé, les perspectives américaines pour l'obtention d'emplois de qualité se sont détériorées au cours des cinq dernières années".
"La commission Gathering Storm soutient qu'il est dans l'intérêt de l'Amérique que toutes les Nations prospèrent (...) mais elle conclut que les Etats-Unis apparaissent sur une trajectoire qui va conduire à un déclin et non à une expansion du niveau de vie de nos enfants et petits-enfants".
[1] Exceptions faites de Steven Chu et Robert Gates, exerçant aujourd'hui les fonctions respectives de Secrétaire à l'Energie et de Secrétaire à la Défense, et de Joshua Lederberg.
[2] Dans ce rapport la mesure de compétitivité retenue est celle du nombre d'emplois "de qualité". Tout d'abord, ces emplois constituent un indicateur intrinsèque de richesse et de bien-être. Par ailleurs, ils forment aussi l'assiette fiscale des prélèvements obligatoires permettant à la population de bénéficier de services non-marchand gouvernementaux (santé, éducation, assurance-chômage...).
[3] Selon le professeur de la Faculté de Physique de Harvard, Venky Narayanamurti, l'innovation provient majoritairement de l'ingénierie et non de la recherche fondamentale. Il inverse la causalité classique du continuum recherche fondamentale-appliquée-développement-innovation en rappelant par exemple que les connaissances fondamentales en physique thermodynamique sont apparues bien après les premières innovations utilisant la vapeur.
[4] L'"Advanced Placement" (AP) désigne une offre de cours supplémentaires accessibles aux lycéens (10ème, 11ème et 12ème grade) qui leur permet de valider par anticipation des crédits universitaires. Les lycéens postulant auprès d'institutions d'enseignement supérieur avec des AP en poche disposent d'un avantage comparatif. Ces AP témoignent de leur sérieux, tout en réduisant de manière proportionnelle leur nombre de crédits à valider et leurs frais d'inscription.
Les International Baccalaureate (IB) constituent quant à eux un label de qualité pour les cycles secondaires américains. Transposition d'un examen international d'origine suisse, l'IB est devenu synonyme d'excellence aux Etats-Unis pour un lycéen.
Pour en savoir plus, contacts :
- Rising Above the Gathering Storm: Energizing and Employing America for a Brighter Economic Future, http://www.nap.edu/catalog.php?record_id=11463
- America COMPETES Act, http://www.govtrack.us/congress/bill.xpd?bill=h110-2272
Code brève
ADIT : 64883
Source :
- Rising Above the Gathering Storm, Revisited: Rapidly Approaching Category 5, http://www.nap.edu/catalog.php?record_id=12999
- The New York Times, Gathering Storm'Approaching Category 5, 27 Septembre 2010, Andrew C. Revkin
Rédacteur :
Johan Delory, universitŽ
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Mis à jour (Dimanche, 24 Octobre 2010 17:05)


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