Un pays qui exporte plus qu'il ne produit est un pays qui concentre ses efforts sur le commerce et la revente de produits qu'il n'a pas fabriqués . Il peut être mis en péril par un retournement d'approche de la part de fournisseurs puissants qui , en se dotant de leur propre réseau de vente pour attaquer le marché, se transforment en concurrents directs . Ce "péril" peut-il être contagieux ?
Le "danger" peut-il se pérenniser en provoquant un effet "château de cartes" dévastateur ?
Verrons nous l'Europe se redresser en faisant à nouveau du vrai "Thought and made in Europe"- pour cela elle devra s'organiser pour "Travailler Ensemble" et "Mieux Vivre Ensemble" au delà des querelles de basse-cour? La France pourrait y réfléchir utilement, car le déclin et la récession acceptés et programmés ne sont pas des visions d'avenir acceptables et, tout doit être mis en oeuvre pour qu'elles ne soient pas envisageables. Donner son savoir-faire sans contreparties durables revient à se suicider sans vraiment le souhaiter.
Une analyse de Jacques Sapir "politiquement très incorrecte" mais qui mérite d'être évaluée sur la base des éléments pris en référence (au delà de certaines assertions insuffisamment documentées: salaires)

Jacques Sapir
Selon l'économiste Jacques Sapir, en misant sur ses exportations, l'Allemagne se trouve aujourd'hui confrontée à la concurrence chinoise au point de se rabattre sur ses petits voisins européens. Le problème de la stratégie allemande au sein de l’Union Européenne est aujourd’hui posé. "Cette stratégie est en train de déséquilibrer durablement les pays du « cœur historique » de l’Union et correspond à l’application d’une véritable stratégie d’exploitation de ses voisins (appelée en langage économique « stratégie du passager clandestin »).Ce pays a tout misé sur sa capacité à exporter, un choix dangereux qui désormais le met à la merci des fluctuations de l’économie mondiale.
Aujourd’hui déficitaire vis-à-vis de la Chine,
l’Allemagne est obligée de se concentrer sur l’Union européenne (voir Annexe) car sa balance commerciale avec les pays émergents devient déficitaire. L’écart de compétitivité que l’Allemagne a construit avec ses partenaires n’est pas principalement lié à la capacité de ce pays d’avoir un taux d’inflation faible. Si depuis 2001, l’indice de compétitivité calculé par rapport aux prix à la consommation (CPI) montre un avantage de l’Allemagne, ce dernier n’est pas significatif avec des pays comme la France, l’Autriche, la Belgique ou l’Italie par rapport auxquels elle accumule les excédents (70,8 milliards d’Euros en 2009 pour un total de 115 milliards pour l’ensemble de l’UE)
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L’adoption d’un indicateur de compétitivité basé sur le déflateur du PIB nous fournit une autre image.
Les écarts de compétitivité apparaissent ici nettement plus importants. L’indice de compétitivité construit sur le déflateur du PIB permet par ailleurs d’introduire les coûts de production pris dans le sens le plus large.
De ce point de vue, cet indice de compétitivité est déjà bien plus réaliste. Cependant, il peut laisser à penser que c’est grâce à des gains de productivité particulièrement importants en Allemagne que s’est construit l’avantage compétitif. Or, une étude de la fondation Robert Schuman tend à montrer que le niveau de productivité de l’Allemagne n’est pas extraordinaire par rapport à la moyenne de l’UE.

En fait des pays comme la France, l’Autriche et l’Irlande obtiennent des résultats meilleurs. La prise en compte de la productivité globale (PIB que divise la population active) a tendance à favoriser les pays qui ont un secteur financier très développé. Mais, si cela permet d’expliquer les excellents résultats de l’Irlande, du Luxembourg et des États-Unis, on est dans le cas d’une comparaison entre la France et l’Allemagne avec une structure de la production qui est à peu de choses près équivalente. Les résultats sont donc comparables.
La réputation usurpée de l'économie allemande

L’analyse du graphique 4 indique un décalage de près de 15% entre le coût du travail réel entre l’Allemagne et la France, alors que la hausse des prix ne peut expliquer qu’environ 5% du décalage avec l’Allemagne. Ceci reflète l’effet de la politique fiscale allemande qui, en 2002, a décidé de transférer massivement les charges patronales sur la fiscalité pesant sur les salariés et la population. À travers l’application de cette «TVA sociale »
L’Allemagne a réalisé l’équivalent d’une dévaluation de 10% au sein de la zone Euro qui avait été conçue pour éviter en principe ce type de stratégie.
Il faut noter que cette politique allemande de compression des coûts unitaires du travail n’a été possible que parce que les autres pays n’appliquaient pas une politique similaire. L’Allemagne n’a pu se permettre une telle politique que dans la mesure où ses voisins faisaient l’opposé. Si tout le monde avait pratiqué la même politique de contraction du coût réel du travail, l’Europe aurait été plongée dès 2003 dans une terrible dépression. Le gouvernement allemand doit donc être mis devant ses responsabilités.
Tout d’abord, l’excédent commercial réalisé sur les six premiers pays européens (France, Royaume-Uni, Autriche, Belgique, Espagne, Italie) est considérable. Il représente environ 103 milliards d’Euros, sur un total d’environ 116 milliards. Si l’on ne considère que la France, l’Espagne et l’Italie, nous obtenons déjà près de 51 milliards d’euros d’excédents.
Ensuite, il faut y ajouter la faiblesse relative de l’excédent sur les États-Unis. Avec 18 milliards d’euros, nous sommes à un montant inférieur non seulement à la France (27 milliards) mais aussi au Royaume-Uni et même à l’Autriche. Ceci indique bien à quel point les excédents allemands sont régionalement concentrés. Ils sont réalisés pour les trois-quarts sur les pays de l’Union Européenne.
Enfin, et ce point est aussi important que les deux autres, on s’aperçoit que l’Allemagne est en déficit vis-à-vis de la République Tchèque, de la Slovaquie et de la Hongrie. Pourtant, ces pays sont en retard économiquement, et ne produisent pas de matières premières. Ici, ce que nous voyons, c’est le processus du basculement du « Made in Germany » vers le « Made by Germany ». L’Allemagne délocalise massivement la production des sous-ensembles industriels chez ses voisins immédiats de l’Europe Centrale et ne conserve que l’assemblage final, vendant alors aux autres pays des produits qui incorporent l’effet des productions à forte productivité mais bas coûts des sous-traitants. (le transfert industriel vers les ex-Pays de l'Est n'est pas un fait nouveau, par contre le phénomène et le transfert asiatique sont beaucoup plus récents)
Ainsi peut-on comprendre pourquoi il n’est pas contradictoire de dire dans la même phrase que l’Allemagne s’affirme comme exportatrice de biens industriels et qu’elle se désindustrialise.
L’évolution des chiffres de l’emploi industriel en Allemagne confirme cette tendance d’une désindustrialisation du pays. Socialement, ceci a pour effet de faire baisser relativement, mais aussi parfois de manière absolue, les salaires des ouvriers et des employés.L’Allemagne va peut-être bien, mais sa population vit de plus en plus mal, à l’exception du 1% le plus riche qui, à une échelle moindre qu’aux États-Unis mais de manière plus importante qu’en France, accumule toujours plus de richesse. Avec plus de 12% du revenu national, ce 1% le plus riche a même dépassé le niveau historique de la fin des années vingt et du début des années trente et se rapproche dangereusement des niveaux qui avaient été atteints en 1936 et 1937 . Il est donc établi que la politique du gouvernement allemand pose aujourd’hui un problème à l’UE en raison du déséquilibre qu’elle introduit au sein même de l’Union.Une politique de « passager clandestin » n’est clairement pas acceptable. Les travailleurs allemands ont été les premières victimes de cette politique. Mais, ils entraînent à leur suite les travailleurs des principaux pays européens. Il faut donc mettre le gouvernement allemand devant le choix suivant : soit nous appliquons unilatéralement des montants compensatoires d’environ 15% à son égard soit il s’engage à augmenter rapidement les salaires (par le biais d’une hausse du salaire minima) de 10% et il procède de la sorte à une relance à l’échelle européenne."
Jacques Sapir, né en 1954 à Puteaux en France, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris dirige depuis 1996 le Centre d'études des modes d'industrialisation (CEMI-EHESS) et a été le responsable de la formation doctorale « Recherches comparatives sur le développement » de 1996 à 2006. Jacques Sapir a exercé une fonction d'expert sur les problèmes de la transition dans l'ex-Union soviétique, il enseigne actuellement à l'École économique de Moscou (Moskovskaïa Chkola Ekonomiki) en même temps qu'à l'EHESS de Paris. Jacques Sapir contestant dès le départ la "Thérapie de Choc", a défendu une approche institutionnaliste du changement de système économique en argumentant sur l'inefficacité des politiques de libéralisation tant que les institutions économiques et sociales encadrant les marchés ne sont pas en place.
Sources EHESS - Banque Centrale Européenne et Eurostat-Fondation Robert Schuman- Jacques Sapir - Vent des blogs |Le Monde diplomatique
La concurrence, un mythe Article de Jacques Sapir sur le mythe de la concurrence.
Mis à jour (Samedi, 23 Octobre 2010 10:26)


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