Le scénario énergétique 3 x 20 de la DGEMP pour 2030 est-il réalisable ? ou : il y a loin de la coupe aux lèvres (d’après les estimations et les doutes exprimés par le collectif « sauvons le Climat »)
L’Observatoire de l’Energie de la Direction Générale de l’Énergie et des Matières Premières (DGEMP OE) a présenté la mise à jour du scénario énergétique « de référence ». Un scénario prospectif de ce type est officiellement établi tous les 4 ans. Il vise ici l’année 2030.
Ce scénario représenterait la situation énergétique de la France, « si aucune politique ou mesure nouvelle, autre que celles déjà en place ou décidées au 1° janvier 2008, n’était prise, en particulier, pas de mesures nouvelles qui pourraient ressortir des suites du Grenelle de l’environnement».
Ce scénario suppose aussi l’absence de grave crise mondiale dans l’approvisionnement des combustibles fossiles et le maintien des prix de ces combustibles à des valeurs inférieures aux actuelles.
« Sauvons le Climat » a fait un examen approfondi de ce scénario dont le détail est donné sur leur site :
(http://sauvonsleclimat.org/new/spip/IMG/pdf/DGEMP-NIF.pdf ) où on trouvera également un résumé du rapport de la DGEMP.
Nous en donnons ci-dessous les principales conclusions.
Par rapport à l’objectif des 3 fois 20 le scénario de la DGEMP est clairement hors jeu entre prévisions/ versus/ objectifs:
1. 22% de croissance de la consommation énergétique finale en 2030/ versus une décroissance de 20% en 2020, soit 42% de différence entre la prévision et l’objectif
2. 14% d’énergie renouvelable/ versus 20% soit un retard de 50%
3. 14% d’augmentation des émissions de CO2/versus une diminution de 20%, soit un écart de 34%
L’augmentation des émissions de CO2 est due à l’augmentation de l’usage du gaz. Plusieurs facteurs implicitement présents dans le scénario de référence peuvent expliquer cette augmentation, plus particulièrement:
Dans le secteur de production de chaleur pour le résidentiel et le tertiaire, on prévoit le remplacement du chauffage fioul par le chauffage gaz. Bien qu’augmentant de 40% la contribution des énergies renouvelables reste modeste, moins du quart de la contribution des énergies fossiles.
L’objectif des trois fois 20 peut il être atteint ?
Un objectif de réduction importante de la consommation d’énergie ne peut se faire que par une augmentation indifférenciée du prix de l’énergie. Facile ? Du moins c’est ce que semblent nous dire les technocrates européens et certains participants du Grenelle. Mais personne ne nous explique comment.
Quelles doivent être les augmentations de prix de l’énergie pour atteindre ce but ? Selon nos estimations, pour atteindre 42% de réduction de la consommation d'énergie, la hausse des prix devra être considérable. il faudrait doubler à quadrupler le prix de l’énergie. Quel gouvernement aura le courage d’imposer de telles augmentations ? Nous attendons de la Commission Européenne qu'elle réponde clairement à ces questions.
·A condition d’être neutre (indépendante du type d’énergie considérée) l’augmentation du prix de l’énergie aboutira sans doute à une baisse relative de la consommation des combustibles fossiles égale à la baisse de la consommation, soit 42% dans le cas que nous considérons. De ce fait les rejets de CO2 seraient réduits dans la même proportion.
Mais, si le but à atteindre est bien la réduction de la consommation de combustibles fossiles l’imposition d’une diminution uniforme de la consommation énergétique par une taxe énergie, par exemple, est la solution la moins efficace et la plus onéreuse. Il est bien plus efficace de conjuguer contraintes réglementaires et taxation du CO2 rejeté.
Augmenter de 50% la part des énergies renouvelables, dans le décompte de l’énergie finale, c’est à dire les faire passer de 14 à 20%. Est-ce facile ? Il faut tout d’abord remarquer que l’électricité ne comptait que pour 21% de la consommation finale en 2006 (mais pour 49 % au niveau de la production énergétique primaire) et n’atteindrait que 25% en 2050.
Ceci signifie que la part de l’électricité renouvelable dans la consommation finale ne pourra que rester modeste. 20% d’électricité renouvelable ne contribuerait qu’à 5% de la consommation finale. L’essentiel de l’effort devrait donc porter sur la production de chaleur et les transports.
Dans le scénario de référence la production de chaleur renouvelable ne représente que 8% de la consommation finale. Il faudrait donc doubler cette part. En 2030 le scénario de référence prévoit une contribution de 12 Mtep (8,76 en 2006) pour le bois.
Nous pensons que, par une meilleure gestion de la forêt française, cette contribution pourrait être portée à 20 Mtep. La contribution du solaire thermique (eau chaude sanitaire en particulier) est estimée à 0,25 Mtep en 2030. Nous pensons que cette contribution peut être amenée à 2 Mtep si on accepte de favoriser le solaire thermique par rapport au photovoltaïque.
La contribution des Pompes à Chaleur prévue de 1,2 Mtep (0,43 en 2006) devrait pouvoir être significativement augmentée à 5 Mtep. Avec ces augmentations raisonnables il semble donc possible d’atteindre l’objectif de 20% d’énergie renouvelable.
En 2030, peut-on atteindre 34% de réduction des émissions de CO2 par rapport au scénario de référence ?
Il faut agir sur la production d’électricité et sur celle de chaleur.
L’augmentation du recours, aux combustibles fossiles pour la production d’électricité. conduirait à une émission d’environ 46 Millions de tonnes de CO2 , soit 10% des émissions totales prédites pour 2030.
Compte tenu des facteurs de charge élevés des centrales à charbon et à gaz il est tout à fait possible de les remplacer puissance pour puissance par des réacteurs nucléaires, soit environ 15 EPR.Un tel investissement est estimé à 45 G€, un surinvestissement de 25 G€ par rapport à une solution basée sur des centrales à gaz CCG.
La différence des coûts en combustibles, permet de compenser ce supplément d’investissement en quelques années. De plus, une diminution de nos émissions de CO2 de 46 Mt, pourrait représenter annuellement de l’ordre de 2,5 G€ (pour un coût de 50 Euros par tonne de CO2 émis). Le surinvestissement pourrait alors être compensé par le seul coût du CO2 en environ 10 ans.
Ce surinvestissement représente sensiblement le coût de la construction du parc éolien prévu dans le scénario. La réalisation d’un tel parc d’éoliennes pourrait éventuellement se justifier s’il permettait diminuer la production des centrales thermiques, mais il n’a plus de raison d’être dans le cas d’une substitution à la production nucléaire.
- Pour les besoins en chaleur directe, les 13,5 Mtep de chaleur renouvelable supplémentaires, estimés ci-dessus permettraient de ramener la consommation de gaz à sa valeur actuelle. Il resterait encore à diminuer les émissions de 20%.
Ceci peut être obtenu en renonçant à l’usage du gaz pour le chauffage en le remplaçant par l’électricité pour la production de chaleur, soit à l’aide de simples convecteurs, soit en faisant appel aux pompes à chaleur, tout en améliorant les performances thermiques du bâti ancien et en développant l’utilisation de l’électricité dans les transports (voitures électriques, hybrides rechargeables…).
En résumé :
L’objectif d’une contribution de 20% d’énergies renouvelables à la consommation finale d’énergie semble réalisable. Cette augmentation de la part des énergies renouvelables sera d’autant plus intéressante qu’elle permettra de diminuer le recours au gaz et au fioul dans la production de chaleur. En 2006 l’utilisation du fioul et du gaz pour le chauffage dans les secteurs tertiaire et résidentiel atteignait 37 Mtep provoquant l’émission d’environ 100 Mt de CO2, soit 26% des émissions totales. La production d’électricité par les centrales à gaz et, surtout, à charbon atteignait un peu moins de 20 Mtep pour des émissions également de l’ordre de 100 Mt de CO2.
L’objectif d’une diminution de 20% des émissions de CO2 serait donc relativement facile à obtenir en remplaçant, d’une part, l’usage du gaz et du fioul dans la production de chaleur par de la chaleur renouvelable à hauteur de 20 Mtep et, d’autre part, en remplaçant la moitié de la production électrique charbonnière par la production nucléaire de 2 à 3 EPR supplémentaires. Il nous paraît douteux qu’une diminution de 20% de la consommation énergétique puisse être atteinte, sauf crise économique majeure.
L’augmentation de la demande électrique, en particulier, devra être satisfaite par une production non carbonée qui, dans les conditions françaises, ne peut guère être que nucléaire. Sur la base des projections du scénario de référence il y aurait lieu de construire une quinzaine de réacteurs EPR.
Au cas où cet objectif s’avèrerait excédentaire on pourrait envisager de mettre d’anciens réacteurs en réserve.
Mis à jour (Samedi, 06 Mars 2010 16:09)


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