
Le Colloque organisé par Ecologie-R- Pour une écologie responsable au Palais du Luxembourg sur le thème de la gestion durable des ressources de la mer s'est spontanément placé sous le signe de la concertation efficace.
Rassembler dans un esprit d'analyse et de concertation d'éminents représentants d'acteurs majeurs dans un but constructif : un pari bien engagé, encore du chemin à faire, mais beaucoup de bonnes volontés autour d'un enjeu majeur: sauver la ressource, sauver la profession, sauver l'avenir en un combat commun pour une qualité reconnue dans un environnement constaté et évalué.
Un public de qualité regroupant des représentants de fédérations professionnelles, d'ONG importantes, de mouvements politiques de bords différents, de la société civile et, de l'Etat, a pendant l'espace d'un après midi, envisagé les voies d'un devenir positif et, réaliste avant de se donner rendez-vous pour construire plus avant .

Alain GOURNAC, Sénateur des Yvelines a ouvert le Colloque
« Vous avez choisi un sujet d’importance pour l’avenir de notre pays ».Jean-Louis Borloo l’avait exprimé fortement lors d’un discours que nous n’avons pas oublié : « En ce début de XXIème siècle, avait-il déclaré, c’est la mer qui sauvera la terre », et ce parce qu’elle constitue le premier « potentiel de vie » pour l’humanité toute entière :
Malheureusement, nous semblons en découvrir la richesse au moment même où nous prenons conscience du danger que l’homme lui fait courir par les pollutions en tous genre, par l’exploitation inconsidérée de certaines espèces animales et bien sûr par le réchauffement climatique dont nous ne mesurons pas encore toutes les conséquences.
Il n’est pas sûr qu’il faille être puissant pour s’estimer porteur d’une responsabilité. Et si la question des moyens n’est jamais secondaire, elle ne peut nous dispenser de prendre conscience de notre responsabilité et d’agir en conséquence. L’action entreprise par devoir ne l’est jamais en fonction de ses chances de succès.
Ce devoir et cette responsabilité incombent d’autant plus à la France que ses terres forment comme un archipel qui assure sa présence sur tous les océans et l’ouvre sur les cinq continents.
Autant dire que notre pays possède, pour lui-même et pour les pays de l’Union Européenne, des perspectives importantes dans lesquelles se retrouvent et se croisent les questions relatives au développement économique et au développement durable.
Grâce à ses collectivités d’Outre-mer, la France concentre également à elle seule près de 10 % de la biodiversité marine mondiale.
S’il y a une réalité historique et culturelle de notre pays, il y a également une réalité géographique et géostratégique qui lui est propre, si l’on veut bien considérer que la défense de la mer et de son énorme potentiel doit désormais faire partie d’une stratégie politico-économique.
Intervenant : Alain Biseau, Responsable des expertises halieutiques au sein de l'IFREMER , et particulièrement spécialiste de l'évaluation des stocks, des pêcheries, et de la modélisation bioéconomique : une bonne connaissance des ressources de la mer et de leurs usages s'avère nécessaire pour une gestion saine des activités de la pêche.
L’IFREMER est né de la fusion entre le CNEXO et de l'ISTPM en 1984 compte environ 1500 personnes et 25%d'entre elles se consacrent à la pêche.
IFREMER a une triple mission:
1. Connaître, évaluer, mettre en valeur les ressources des océans, et permettre leur exploitation durable.
2. Diagnostiquer, c'est-à-dire améliorer les méthodes de surveillance, de prévision, d'évolution, et protection et de mise en valeur du milieu marin côtier.
3. Favoriser le développement socio-économique du monde maritime.
Ainsi, les scientifiques de l’IFREMER recueillent et analysent les informations, puis effectuent des diagnostics sur les principales ressources exploitées soit au niveau local, soit au niveau international pour les stocks partagés. Ainsi émettent-ils des avis visant à adapter l’exploitation et permettre une approche éco systémiques des pêches qui « a pour objet de planifier, de valoriser et de gérer les pêches en tenant compte de la multiplicité des aspirations et des besoins sociaux actuels sans remettre en cause les avantages que les générations futures doivent pouvoir tirer de l’ensemble des biens et services issus des écosystèmes marins »
Les recherches sont aussi menées dans le but d'avancer des solutions concrètes au problèmes d’impact écologique. Améliorer les modalités d’exploitation des ressources et tenter de limiterconsommation d’énergie des navires et les impacts des engins de pêche sur les habitats
la sont des priorités d'IFREMER.
Enfin IFREMER s'attache à informer au mieux tous les utilisateurs et participants, notamment les pêcheurs, pour une meilleure gestion des activités de la pêche, en vulgarisation l'information auprès des professionnels, depuis la collecte des données jusqu’à leur analyse.
L'objectif visé est de permettre aux pêcheurs de prendre part à cet enjeu collectif de la pêche durable, en adaptant constamment leurs modalités de capture, en partageant les possibilités de captures et en appliquant une limitation d’accès aux pêcheries[1].
Des objectifs de gestion sont définis par des conventions et accords internationaux.
Entre 1945 et 1972, l'objectif était dans la «conservation» (MSY: Maximum sustainable yield). On cherche à obtenir des captures maximales durables. À partir de 1972, (Stockolm, Montego Bay 1982, Rio 1992, Johannesburg 2002) les conventions évoquent les notions d'environnement, d'écosystèmes, d'interactions... Dès lors; il s'agit de «maintenir ou restaurer les stocks aux niveaux susceptibles d'assurer la production durable maximale compatible avec les facteurs écologiques et économiques pertinents, compte tenu des interactions entre espèces.» En 1992, l'expression « capture maximale » disparaît des textes.
Aujourd'hui la gestion des ressources est régie par les engagements pris lors du Somment mondial pour le développement durable à Johannesburg en 2002, qui vise à encourager l'application d'ici 2010 de l'approche éco systémique pour le développement durable des océans, et à maintenir ou rétablir de manière urgente les stocks épuisés à un niveau permettant d'obtenir une production durable maximale, d'ici 2015.
Monsieur BISEAU a ensuite montré l'exemple frappant de l'Atlantique Nord-est, qui voit un épuisement de la majeure partie de ses stocks importants (morue, lieu noir, baudroies, merlu...).
(24%) de ces stocks sont estimés avoir atteint la limite fixée par les accords de Johannesburg, 35% de ces stocks sont au-delà de cette limite.
Aux vues de ces résultats, l'IFREMER cherche de nouveaux piliers de gestion.
Il développe l'observation, sur des navires de pêche (missions Obsmer, Recopesca), organise des campagnes scientifiques sur de plus gros bateaux, effectue des survols aériens, ou encore à terre dans des lieux comme les criées...
L'Institut cherche également à retracer les opérations de pêche, en élaborant des statistiques sur la base de documents réglementaires (livres de bord...) en enquêtant auprès des patrons-pêcheurs ou des pêcheurs amateurs.
IFREMER développe aussi la recherche, sur la biologie du poisson (âge..), sur le comportement (migrations...). Des modèles d'évaluation (mathématiques) sont élaborés en vue des diagnostics, et des dispositifs sélectifs sont élaborés et mis en place sur des chaluts.
Enfin l'Institut développe un pôle d'expertise, c'est-à-dire qu'il produit des diagnostics concernant les évolutions et simulations (plans de gestion...).
Le tout est couronné par le développement de partenariats avec des pêcheurs, des professionnels volontaires, allant de l'observation en mer, à la pratique de l'auto-échantillonnage, en passant par la tenue d'un carnet de bord et des contrats bleus issus du plan Barnier, pour une pêche durable et responsable- moyennant une indemnisation et autres avantages...
Monsieur BISEAU a conclu ses propos sur le fait que la route vers une gestion écologiquement, économiquement et socialement durable des ressources maritimes, était encore longue. Il s'agit pour la science d'optimiser ses connaissances et de produire des modèles toujours plus pertinents. Pour les gestionnaires de fixer les objectifs, des mesures d'accompagnement et de contrôle plus efficaces, et pour les pêcheurs de prendre conscience de l'enjeu collectif, d'adapter toujours plus leurs modalités de captures, et de partager les stocks et de s'auto limiter l'accès aux pêcheries.
Question : Un récent reportage télévisé sur la capture de la morue et du cabillaud, a montré que les poissons avaient diminué de taille, qu'ils étaient pris de plus en plus jeunes. Leur reproduction est-elle-menacée? Par ailleurs, en ce qui concerne le rejet des prises, on imagine bien que les poissons ne sont plus en très bonne forme une fois remis en mer... Cette pratique est-elle condamnable?
Réponse : Quand on commence à pêcher un stock vierge, on prend d'abord de gros poissons pendant une période. Après ce sont des plus petits qui sont pêchés, et c'est l'évolution normale d'une pêcherie. Evidemment il faut éviter de capturer le poisson avant qu'il ne se reproduise. Mais l'indicateur de la taille est à prendre avec précaution. Il faut simplement assurer le renouvellement du stock qui permette une exploitation maximale.
En ce qui concerne le rejet des poissons en mer, c'est évidemment un problème, et une réalité qui existe depuis très longtemps. La solution se trouve dans la technique (l'installation de mailles sur les chaluts, ou d'engins qui capturent les poissons de taille normale). Les chances de survie pour les crustacés sont meilleures que pour le poisson.
Question : En tant que scientifique, quelle serait la mesure phare à mettre en œuvre?
Réponse: C'est de permettre de limiter au maximum le gaspillage.
Question : Dans le cas du shark-fishing, certains pêcheurs prélèvent seulement les ailerons de requins puis les rejettent en mer. Si l'espèce venait à s'éteindre, c'est tout un écosystème qui en pâtirait. Où en est-on en France?
Réponse : La législation européenne interdit le shark-fishing.
Monsieur Alain BISEAU de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (IFREMER) est intervenu pour apporter son expertise scientifique au colloque tout en présentant la science comme pilier de la gestion des ressources.
Ingénieur agronome de formation, avec une spécialité “biologie marine” Alain BISEAU est chercheur à l’IFREMER depuis 1984 après un service national effectué à l’Institut des Pêches de Saint-Pierre et Miquelon. Il est aujourd'hui Responsable des expertises halieutiques au sein de l'IFREMER, et particulièrement spécialiste de l'évaluation des stocks, des pêcheries, et de la modélisation bioéconomique. Il participe à de nombreux travaux réalisés au sein du Conseil international pour l'exploitation de la mer (CIEM), et compte parmi les membres du Comité d’avis du CIEM depuis 2000. Monsieur BISEAU fait également partie du Comité scientifique technique et économique des pêches (CSTEP). Il prend part aux travaux de la profession à travers le Comité national des Pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM), et les Comités Consultatifs régionaux (CCR) et offre son appui et son expertise aux politiques publiques notamment auprès du MAAPRAT (DPMA) et du MEDDTL (DEB).
Charles Braine
Intervenant : Charles BRAINE chargé du programme « pêche durable » pour WWF-France est venu défendre le point de vue selon lequel la pêche, telle que pratiquée aujourd'hui, n'entre pas dans un dispositif de développement durable.
Actuellement le WWF compte 5000 personnes dans le monde, dont 100 en France. Monsieur BRAINE, avec un collaborateur, est le seul en France à travailler sur les problématiques liées à la pêche. L'association fête son cinquantenaire mais existe depuis 30 ans en France.
Avec un effort de pêche toujours croissant, appuyé par une amélioration considérable des techniques de pêche et des outils mis à la disposition des patrons pêcheurs, 80% des espèces de poissons ciblées sont en passe d’être surexploitées [2]. Les captures mondiales plafonnent autour de 100 millions de tonnes depuis 20 ans (dont 70 millions pour la consommation humaine). Cette ressource tant prisée est donc limitée. La consommation mondiale de produits de la mer a été multipliée par 5 depuis 1950.
Un Français consomme jusqu'à 35 kg/an de produits de la mer, alors que la disponibilité de ces produits à échelle mondiale ne s'élève qu'à 11kg/an par personne.
Il semblerait que la pêche soit un laboratoire du développement durable. Le gros défi à relever consiste dans le fait de conserver à tout prix la productivité des écosystèmes tout en permettant à chacun d'avoir accès à cette source de protéines.
D'après la FAO, 52% des stocks halieutiques sont exploités au maximum, 19% sont surexploités, 8% sont épuisés... Seuls 20 % des réserves sont “modérément exploitées”, et 1% en reconstitution, tout en sachant que 90% de la biomasse des grands prédateurs a disparu.
En outre, des impacts environnementaux se font sentir de manière inquiétante, qu'il s'agisse de prises accidentelles (cétacés, oiseaux et tortues marines), ou de rejets, pouvant atteindre les 7 millions de tonnes par an.
Les fonds marins sont également en danger: les habitats sont peu à peu détruits, phénomène qui participe à la diminution de la capacité de production des écosystèmes marins.
Socialement, économiquement, on observe plusieurs conséquences. D'abord l'effondrement de l'activité du métier de marin-pêcheur. En France, les effectifs ont été divisés par 3 depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.
C'est le constat d'un échec sur lequel Monsieur BRAINE base ses propos, en prenant l'exemple européen. Dans les faits, c'est une course au poisson qui a été menée, encouragée jusqu'en 2002 par une “Europe bleue” qui autorisait l'accès à la pêche dans toutes les eaux européennes. C'est alors un mécanisme de pêche maximale et productiviste qui s'est mis en place, créant un déséquilibre certain.
Selon WWF, la Politique Commune de la Pêche en Europe s’est construite de manière centralisée, et à court terme (les mandats européens étant de 2 ans seulement) et sur des bases erronées.
La pêche a été pensée comme une activité basée sur une « production » alors que c’est une activité de « cueillette» des espèces marines exploitables. Il existe aussi un problème de valorisation du produit au niveau européen: l'écoulement des captures devenu difficile, il faudrait améliorer le prix au débarquement, tout en valorisant la qualité des poissons.
L'association pense qu’il est possible de développer une activité de pêche créatrice de richesses, d’emplois et respectueuse du milieu marin.
Depuis 2002, WWF a lancé l’idée d’Unité d’Exploitation et de Gestion Concertées (UEGC) “pêcheurs, poissons: même combat!”, qui remettait le pêcheur au centre de la gestion des pêches et redonnait la primauté à l’échelon local, c'est- à-dire au territoire. C'est ainsi que WWF propose comme nouvelle voie, une pêche européenne économiquement, socialement et écologiquement viable.
Ce programme porté par de nombreuses ONG au Grenelle de l'environnement et de la mer repose sur 5 principes, et engageant 6 pays pilotes:
1- La définition du territoire de gestion, pour revenir à une cohérence des zones géographiques de pêche.
2- Une nouvelle gouvernance, via une plateforme de concertation, en intégrant d'autres acteurs stratégiques (tourisme, société civile...), et en élaborant un plan de gestion à long terme, soit une feuille de route concrète sur 5 à 10 ans, à échelle européenne puis locale.
3- Identification des marchés et organisation de la filière dans le but de réinvestir les marchés. Les produits de la pêche répondent aujourd'hui à 15 % des besoins de consommation des Français, il faudrait créer de la valeur ajoutée. Cela passerait par un effort de communication pour rapprocher le pêcheur du consommateur, et par une baisse des prix.
4- Aménagement de la pêcherie, en prenant des mesures techniques et en régulant l'accès, dans le sens d'un alignement des moyens d'exploitation: attaché une licence aux techniques sur les engins. La gestion reviendrait à une agence publique.
5- Contrôle strict sur la filière, dont l'application des systèmes de quotas, conditionné par une harmonisation entre les acteurs entre eux et les contrôles.
Enfin, le plan de gestion ne saurait se réaliser sans la participation active du consommateur, devant adopter une attitude responsable, consistant à accepter d'acheter peut-être plus cher les produits de la mer, mais surtout produits localement.
Question : Les forages marins sont réitérés au Mexique malgré la catastrophe de BP, et dans la mer du Nord. Ne court-on pas des risques importants d'endommagement de l'écosystème et des fonds marins?
Réponse : “Je ne suis pas un spécialiste pour répondre à cette question” a précisé Monsieur BRAINE. L'accident de BP a fortement nuit à l'industrie du thon rouge au Canada atlantique où il est pêché. En effet, il n'y a pas que la pêche qui endommage l'écosystème. Monsieur PICHON a ajouté qu'à cause de l'impact des industries pétrolières sur l'écosystème, il y avait des zones interdites à la pêche: “et nous ne sommes pas contre ces mesures”.
Charles Braine, Diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Rennes (ENSAR) en Agronomie Approfondie - spécialité Halieutique [3]-, Monsieur BRAINE est chargé du programme « pêche durable » pour WWF-France (Paris). Il est également Administrateur de l’IFREMER [4], membre de la mission « Pêche profonde » du Grenelle de la Mer, membre du comité de suivi du Grenelle de la Mer et négociateur pour le WWF-France à la table ronde finale du Grenelle de la Mer.
Jacques Pichon
Intervenant : Jacques PICHON, directeur de Pêcheurs de Manche et Atlantique [5] (PMA), première organisation de producteurs (OP) de France a ensuite exposé les résultats de la gestion des quotas imposés par les administrations nationales et européennes
PMA exerce une action directe sur les droits de la pêche, et cette action est double. Elle consiste à gérer les droits tant au niveau des marchés qu'au niveau quotas de captures en mer..
Actuellement, 114 quotas sont déterminés et appliqués sur différentes espèces, différentes zones, etc. qui requièrent des moyens techniques et humains particuliers et crédibles. Tous les stocks d’une espèce ne sont pas dans le même état de santé. Le stock en Mer du nord est en difficulté tandis que le stock de Cabillaud en Norvège du nord se porte bien. L'important est de communiquer dessus de manière juste, et éviter l’écueil qui consisterait à ne pas consommer une espèce parce que un de ses stocks se porterait mal.
Chaque année, un conseil des Ministres de la pêche se tient à Bruxelles pour déterminer les quotas dans l’UE, que PMA et les autres OP doivent appliquer. Ces quotas sont déclinés en fonction de l'antériorité et de la vente des captures effectuées par les membres de l'OP. Ces règles permettent une vision claire et précise de l'activité de la pêche, et un meilleur contrôle du secteur. Les méthodes de gestion établies par espèce n'existent réellement que depuis 2006. Si la capacité de capture se révèle inférieure ou supérieure aux ressources, et si les quotas imposés sont insuffisants, de nouvelles mesures de gestions sont initiées. Ainsi PMA fédère des groupes de travail portant sur ces mesures à adapter. Composés essentiellement de pêcheurs, ces groupes de travail permettent d'ajuster les règles aux ressources réelles des stocks. Ainsi les acteurs gérant eux-mêmes leurs quotas ont une meilleure marge de manœuvre.
PMA a initié une expérimentation portant sur la gestion individuelle des quotas administrés par l’Etat. Selon Monsieur PICHON, le gouvernement est parti du postulat selon lequel le système de « quotas collectifs » gérés par espèce et zone de pêche, a montré ses limites. D’où son idée de responsabiliser les producteurs par un quota individuel. C’est cette méthode qui a été adoptée pour l’expérimentation démarrée le 1er janvier 2009. PMA s’est vu attribuer en moyenne en 2008, 30 % des quotas français toutes espèces confondues. L’essentiel des activités de pêche de ces adhérents de PMA se situant dans les eaux occidentales, avec très peu de droits de pêche en Manche et en mer du Nord. PMA gère 50 % des quotas de baudroie (lotte) et de langoustines, 60 % des espèces d’eau profonde (empereur…), etc.
Ces mesures de gestion limitent l’accès à certaines pêcheries à des bateaux qui en font régulièrement la demande. L’OP dispose d’un tableau de bord qui donne à tout moment dans l’année le niveau de captures atteint par chaque adhérent.
PMA utilise entre 95 et 100 % de ses quotas, et si cette politique semble pour le moment porter ses fruits, tôt ou tard, l’Europe devra se conformer aux objectifs du sommet de Johannesburg (2002) sur les rendements maxima durables,. Cette politique n’est possible, selon Monsieur PICHON, que parce que les autres organisations de producteurs de Bretagne (Opob et Cobrenord) font la même chose, et parce que les adhérents de PMA, qui sont pour une grande majorité des chalutiers, sont suffisamment polyvalents.
Question: Comment est gérée la pêche pirate, non contrôlée, dans l'Union Européenne ou hors UE?
Réponse: Tout le système repose sur des méthodes de contrôle fiables. Il faut faire confiance dans le bien fondé de ces contrôles et quotas imposés. Et en France la réglementation est efficace, justement parce des dérives ont été mises en lumière il y a quelques années. L'Espagne aujourd'hui dépasse largement ses quotas, mais elle devrait bientôt être sanctionnée pour ce non-respect des règles.
Question: Concernant la contamination des fonds marins, les décharges sauvages de produits chimiques... Quelles mesures sont adoptées pour informer le consommateur sur la qualité des produits pêchés?
Réponse: Lors de contaminations, des contrôles stricts sont assurés par les services vétérinaires de l'Etat, qui peuvent conduire à l'interdiction de pêcher dans certaines zones. Récemment, la pêche à la sardine a été interdite en Baie de Seine, entre Dieppe (Seine-Maritime) et Barfleur (Manche) en raison d’une pollution au polychlorobiphényles (PCB).
Question: Il y aurait seulement ¼ des captures issues de la production des eaux profondes. Quelles sont ces espèces pêchées?
Réponse: Il y a une une liste précise des espèces en effet, mais vivant au-delà de 600 mètres de profondeur. Cette pêche est spécifiquement contrôlée, en tous cas en Union Européenne.
Monsieur Jacques PICHON, est directeur de Pêcheurs de Manche et Atlantique [6] (PMA), première OP de France (Organisation de producteurs)
Philippe Lemoigne
Intervenant : Philippe LE MOIGNE , est intervenu à son tour sur les obligations de son métier de patron pêcheur tout en gérant les impératifs d'une pêche durable.
Pêcheurs de père en fils, il exerce le métier depuis 30 ans. Il a connu toutes les dernières évolutions et mutations de l'activité, et témoigne du fait que la gestion des ressources a changé radicalement l'environnement en mer et sur terre. C'est souvent dans des conditions difficiles que le métier s'exerce, qui plus est, le pêcheur est devenu un gestionnaire. Il doit non seulement nourrir les populations, mais également entretenir tout un écosystème.
Chaque jour, explique-t-il, un pêcheur sur un chalutier en pays bigouden[7] doit déclarer à l'aide d’un journal de bord normalisé les quantités de poissons pêchés (poids vif + marge d'erreur 20 ou 8% par jour, par espèce; nombre d'opérations de pêche, identification du rectangle statistique (50 km de coté), zone CIEM carroyée) et passer par le contrôle physique des autorités nationales de la zone de peche. La feuille de débarquement, qui répertorie le poisson en criée doit aussi correspondre à ce qui a été déclaré en mer. En somme, tout est devenu transparent car la traçabilité est efficace.
En 2007, sont lancés “les contrats bleus” qui présentent des mesures obligatoires et communes à tous les contrats. A ce titre, Monsieur LE MOIGNE souligne pour les pêcheurs l'obligation de vendre ou de déclarer la pêche “sous halle à marée”, l'adhésion à une Organisation de producteurs (OP), et le ramassage des déchets et filets perdus.
D'autres mesures facultatives sont également applicables dans le cadre des contrats bleu, qui s'inscrivent dans une démarche de développement durable: partenariats scientifiques, expérimentations diverses et l'éloignement géographique... Les contrats bleus 2010 reposent sur les mêmes principes, en insistant sur le ramassage des déchets. 1000 à 1200 tonnes de déchets par an sont ramassés.
Monsieur LE MOIGNE montre une photo de son port de pêche désaffecté, tout en précisant que de nombreux ports en France ont dû cesser leurs activités. Aujourd'hui selon lui, les pêcheurs ont conscience de tous les enjeux d'une gestion durable des pêches, et sont prêts à continuer de rendre compte et à relever le défi de diffuser avec pédagogie l'information économique de leur activité, qui selon lui, mérite d'avantage de considération.
Question : A Saint-Guénolé les discussions et les relations entre marins et locaux demeurent très difficiles. Pourquoi a-t-on continué à agrandir le port il ya 2 ans?
Réponse : Dans une période de crise dans le secteur de la pêche, il faut rester compétitif, et cela suppose des infrastructures et des bateaux neufs...
Question : Les poissons mis en vente sont stockés dans des boîtes en polystyrène, venant de Hollande. Pourquoi n'aurait-on pas un label Français qui valoriserait le produit Français?
Réponse: Le consommateur préfèrera toujours le poisson à bas prix plutôt que le poisson de qualité. Il faut sortir l'information des criées, mais que les consommateurs se tiennent près à la recevoir...
Monsieur Philippe LE MOIGNE, est patron pêcheur tout en gérant les impératifs d'une pêche durable et exerce le métier depuis 30 ans.
Madame Sylvie RIBAULT, responsable du Bureau de l’économie des pêches a présenté le projet “Ecolabel des produits de pêche maritime” en fin de colloque.
Le Bureau de l'économie des pêches est en charge des dossiers socio-économiques concernant la filière des pêches maritimes, aux niveaux national, communautaire et international. Il prépare les positions françaises et suit les négociations internationales (OMC, OCDE, accord bilatéraux et multilatéraux conclus par l’UE…).
Le Bureau est aussi en charge des négociations et de l'application des différents règlements communautaires concernant l’économie de la filière pêche et sa structuration. Il élabore, met en œuvre et suit les politiques nationales concernant notamment : le marché des produits de la pêche ; la traçabilité et la qualité des produits ; les entreprises (armateurs, mareyage, transformation) et de leur environnement (ports de pêche, halles à marée, coopératives maritimes…) ; la structuration de la filière des produits de la pêche maritime.
En tant que responsable du Bureau de l’économie des pêches, et travaillant à la sous-direction de l’aquaculture et de l’économie des pêches du ministère de l’Agriculture, de l’alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l’aménagement du territoire, Madame Sylvie RIBAULT a expliqué le “dispositif d'éco labellisation des produits de la pêche”.
Le développement durable de la pêche, devenu un enjeu majeur pour les professionnels de la filière et pour le consommateur, la filière française a souhaité la mise en place d’un « écolabel public français ». L'objectif est d'assurer au consommateur des informations transparentes sur les conditions de production des produits de la pêche, et de garantir leur validité dans le cadre d’un dispositif national. L'écolabel a également pour rôle d'orienter et de stimuler le marché en créant de nouveaux segments valorisant mieux les produits de la pêche. Le dispositif est une réponse à l'attente des consommateurs et des professionnels qui a d'abord été transcrit dans le cadre de la loi de programmation Grenelle 1 d’août 2009) et précisé dans la loi de programmation Grenelle 2 de juillet 2010.
Sous l’égide de FranceAgriMer (établissement national des produits de l’agriculture et de la mer), un groupe de travail réunissant des représentants des professionnels, des ONG et des administrations a été constitué. Son objectif est de proposer un cadre de mise en œuvre technique et réglementaire, en s’appuyant sur les « directives pour l’étiquetage écologique du poisson et des produits de pêches de capture marines » de la FAO.
La finalisation de cette démarche, basée sur la concertation et la réflexion collective des différentes parties prenantes, est prévue en 2012. Les premiers produits éco labellisés pourraient donc être sur les étals dès le second semestre 2012. Ce processus est suivi avec attention par la Commission européenne. Il pourrait servir de base à la construction de la réglementation communautaire sur ce sujet.
Question: Est-ce que le consommateur va s'y retrouver dans la forêt des écolabels? A cause de l'effervescence de ces labels, n'y a-t-il pas un risque de dévalorisation du produit en jeu?
Réponse: Sachez que certains industriels ne voulant pas s'inscrire dans une démarche de développement durable, œuvrent pour la destruction de ces labels. Par ailleurs, il faut faire connaître au consommateur la valeur de ces labels. Tout se jouera dans la communication.
Madame Sylvie RIBAULT est, responsable du Bureau de l’économie des pêches
Serge Lepeltier
Pour consulter la vidéo de l'interview de Serge Lepeltier cliquez ici .Le colloque s'est achevé sur une conclusion de Serge LEPELTIER, Vice-président et porte-parole du Parti Radical, ancien ministre de l'Ecologie.
Monsieur LEPELTIER a souligné son grand intérêt pour les propos tenus par les différents intervenants du colloque. Très sensible à toutes ces questions, Monsieur LEPELTIER (amateur de plongée sous-marine) a fait remarquer qu’un certain nombre d’enjeux importants ont été soulevés. D'un côté, les enjeux liés à la mer, par les « environnementalistes » et de l'autre, ceux qui relèvent de l'activité même de la pêche, par les professionnels. Il y aurait donc un équilibre à trouver, et des solutions à mettre en œuvre par des travaux de communication et de pédagogie, pour redorer le blason des exploitants. Selon lui, de la même manière que les agriculteurs souffraient d'une mauvaise image par l'opinion publique, les pêcheurs doivent également cesser d'être constamment « sur la défensive », et faire un effort dans le sens d'une communication plus positive et plus transparente sur leur métier. « On n'a pas l'impression que l'avenir de la profession est assuré » affirme-t-il sans détour. Et d'ajouter « On ressent une baisse de moral, un manque […] alors que des efforts considérables ont été effectués […]. Peut-être qu'aucun gouvernement n'a jamais osé affronter cette question, et la condition du métier ne s'améliorant pas (désaffectation de certains ports, baisse du nombre de bateaux, des empois...) on peut comprendre la situation.»
L'ancien ministre de l'Ecologie pense que les citoyens doivent prendre conscience des problèmes de la mer, en passant par une meilleure connaissance de ce qu'est la mer. La mer, cet immense réceptacle, qui représente 7/10 de la planète est en train d'être dévastée par l'action humaine.
En réalité, la mer est un désert et il n'y a que très peu de lieux où la vie existe dans le milieu marin.
Elle a en moyenne un rendement de vie aussi faible proportionnellement que celui d'un désert comme le Sahara. Sur des espaces très réduits, la mer se montre très productive, mais c'est dans ces « oasis » riches et divers, l'action de l'homme est destructrice.
Ces oasis correspondent aux courants qui remontent à la surface et qui amènent le poisson (le Golfe de Gascogne, Terre Neuve, l'Islande, en passant par la Norvège et l'Afrique du Sud...).
Et si avant la Seconde guerre mondiale, l'exploitation de ces lieux était équilibrée, aujourd'hui elle ne cesse d'accélérer (selon la FAO, 80% de ces oasis sont surexploitées).
Parallèlement, les mangroves [8] sont en train d'être détruites peu à peu, a cause de la fabrication de charbon de bois, des installations portuaires, dans le but d'élever la crevette (quand bien même cette dernière a besoin des mangroves pour sa reproduction)…
De la même façon, les massifs de coraux sont réduits, au profit de constructions (bungalows, hôtels). Le phénomène est frappant aux Maldives par exemple, mais il est difficile de reprocher ces initiatives aux Etats qui comptent parmi les pays les plus pauvres.
En outre, les grands deltas où, par un savant système écologique naturel, se rencontrent eaux douces et salées pour faire émerger la vie, sont en danger. Par la création de barrages et d'autres sortes d'obstacles pour séparer les eaux, ces écosystèmes et milieux naturels sont en train de mourir à petit feu.
Les conséquences de ces actions non respectueuses de l'environnement, se font sentir dans le monde entier. La faune est en train de disparaître à une vitesse extraordinairement inquiétante.
Dans ce sens, Monsieur LEPELETIER propose, non pas l'application d'un système de quotas lancé par l'Europe (lequel selon lui est inefficace parce que détourné) mais plutôt la mise en œuvre d'une pédagogie particulière pour mesurer les décisions à prendre.
Ainsi recommande-t-il notamment de déterminer des « zones écologiques » dans le monde et les transformer en sanctuaires. Ces mesures sont à prendre suffisamment tôt, pour ne pas tomber dans le même écueil que le Canada, qui subit les conséquences d'une surexploitation de la morue. Malgré une interdiction totale il y a quinze ans, de pêcher cette espèce de poisson, la morue est aujourd'hui victime de « mélancolie génésique », ou en d'autres termes de dépression, qui l'empêche de se reproduire....
L'ancien ministre recommande l'institution d'une Organisation mondiale de l'environnement, à l'image d'autres organisations mondiales, afin que les règles soient édictées et contrôlées dans leur application, notamment par des sanctions. C'est le défi auquel la communauté internationale doit répondre pour dévier de la pente sur laquelle l'espèce est en train de s'anéantir,
CONTACT: Ecologie-R 1, place de Valois 75001 Paris http://ecologie-r.org/
Thibault De Morendon
Mis à jour (Mardi, 19 Juillet 2011 11:38)


Abonnez vous